
Louvre Photo
4 novembre 2026 – 3 mai 2027
À travers la transparence des vitrinesAnonyme
Vitrine de la section islamique du département des Objets d’art, 1922
Épreuve argentique, 20 × 26 cm
Paris, musée du Louvre, département des Arts de l’Islam, PAI 840
Réalisée à l’initiative des Archives d’art et d’histoire, cette photographie appartient à une série d’autres photographies de vitrines du musée du Louvre. Elles s’inscrivent dans plusieurs campagnes de photographies patrimoniales menées à cette période comprenant des clichés d’architecture ou des reproductions d’œuvres. Les raisons derrière ces vues de vitrines, relativement singulières dans leur genre, sont encore aujourd’hui obscures. Prises en 1922 par un photographe anonyme, elles sont présentes dans chaque département du musée.

Cette photographie nous donne à voir l’ancienne organisation des collections au musée du Louvre. Au centre du cliché, un calice en cristal de roche, aujourd’hui conservé au département des Objets d’Art, prend place parmi des œuvres du département des Arts de l’Islam. En effet, avant d’être conservés au sein d’un département autonome, les arts de l’Islam ont successivement été rattachés au département des Objets d’Art puis à celui des Antiquités orientales. En 1922, les œuvres sont installées dans la salle Delort de Gléon, située au deuxième étage du pavillon de Sully. C’est précisément cet état de la collection que nous révèle cette photographie. Au sein de la vitrine se côtoient des objets provenant de périodes et d’aires géographiques différentes. À droite figurent trois gobelets syriens du XIIIe siècle ; dans la partie inférieure, trois objets en ivoire originaires de l’Espagne des Xe et XIe siècles ; dans la partie supérieure, trois lampes égyptiennes ou syriennes du XIVe siècle.

Si cette hétérogénéité peut s’expliquer par une collection encore en cours de formation, elle témoigne aussi d’une autre conception de l’exposition, fondée sur l’accumulation tout autant que sur une recherche esthétique. Cette approche n’est pas sans rappeler l’essor des vitrines commerciales dont se parent les Grands Magasins parisiens à la fin du siècle, mettant en scène l’abondance des produits tout en développant une réflexion esthétique afin de favoriser leur attractivité. Ces photographies de vitrines constituent aujourd’hui un témoignage précieux de la muséographie au début du XXe siècle.

Leur réalisation représentait pourtant un véritable défi technique pour les photographes : comment éviter les reflets sur la vitre ? Comment mettre en valeur les objets malgré la transparence de leur écrin ? Ici, le photographe a choisi de tendre une toile derrière la vitrine selon un procédé assez rudimentaire. Ce détail technique est d’autant plus marquant que l’on distingue, dans le reflet de la vitrine à l’arrière-plan, la silhouette du photographe ainsi que celle de son appareil.

Bien qu’elles paraissent répondre avant tout à un objectif de documentation, certaines photographies de la série laissent transparaître la sensibilité artistique de leur auteur, dont les choix de cadrage donnent à voir à la fois les objets présentés dans les vitrines et un point de vue soigneusement construit.
