
Louvre Photo
4 novembre 2026 – 3 mai 2027
Regards sur la Victoire de SamothraceWilly Ronis (1910-2009)
La Victoire de Samothrace,1961
Épreuves argentiques collées sur carton, 51 × 40 cm (planche)
Charenton-le-Pont, Médiathèque du patrimoine et de la photographie, 1723TC000059.
La Victoire de Samothrace est découverte au début des années 1860 sur l’île de Samothrace, où elle avait été conçue comme une offrande aux dieux et initialement placée à la proue d’un navire. Au moment de sa découverte, le palais du Louvre est déjà en partie devenu un musée, tandis que les travaux d’achèvement engagés sous Napoléon III se poursuivent activement. Dans le cadre de ces transformations, l’empereur fait aménager deux cours dans l’aile sud du palais ainsi que de nouvelles salles d’exposition. Cet agrandissement rend les circulations existantes inadaptées et impose la construction d’un nouvel escalier. L’architecte Hector Lefuel relève alors le défi de concevoir un escalier capable de desservir trois niveaux dans quatre directions différentes.
Une fois achevé, son palier apparaît comme l’emplacement idéal pour accueillir la Victoire de Samothrace. Ses volumes monumentaux permettent une présentation en hauteur, visible à grande distance et fidèle aux conditions d’exposition originelles de la statue. La Victoire y est installée en 1884. Elle prend alors place au milieu d’un décor aujourd’hui recouvert par des papiers peints à l’imitation de pierre. Dans le contexte de la IIIe République alors en pleine affirmation, elle acquiert une forte dimension symbolique, associée à l’idée de liberté, encore renforcée par la puissance expressive de sa silhouette aux ailes déployées. Aujourd’hui, elle demeure l’une des œuvres les plus admirées du Louvre.

Depuis les années 1960, le tourisme n’a cessé de se développer, entraînant une augmentation parallèle de la fréquentation du musée du Louvre. Rares sont les visiteurs qui ne gravissent pas les marches de l’escalier Daru et ne passent devant la Victoire de Samothrace. Installée avec solennité sur son piédestal, la statue domine le flux des visiteurs qui, parfois, semblent ne faire que traverser l’espace sans s’y attarder. C’est précisément cette réalité que donne à voir Willy Ronis. Il révèle avec subtilité les limites de l’emplacement de la Victoire de Samothrace : mise en scène comme une apparition majestueuse, elle peut aussi devenir un simple point de passage au cœur d’un escalier très fréquenté. Connu pour ses photographies prises sur le vif dans les rues de Paris, Willy Ronis privilégie une approche profondément réaliste. À mesure que le Louvre se remplit de visiteurs, sa représentation comme espace vide cesse d’être un sujet. En ce sens, ces photographies apparaissent irrésistiblement vivantes.

Willy Ronis assemble huit photographies prises selon des points de vue différents. Si la Victoire de Samothrace apparaît toujours de face, elle occupe une place plus ou moins centrale selon les images. De cet ensemble se dégage une impression saisissante de mouvement. Chaque photographie restitue un état différent de la présence de la statue. Pourtant, alors que le public qui l’entoure est en perpétuel déplacement, la sculpture, célébrée pour son élan et son dynamisme, demeure immobile dans la permanence de la pierre. Le geste photographique de Willy Ronis met ainsi habilement en regard l’immobilité de la Victoire de Samothrace et le mouvement incessant des visiteurs. Cette confrontation n’altère en rien la majesté de l’œuvre qui, quel que soit l’angle d’observation ou la densité de la foule qui l’entoure, conserve une présence conquérante et demeure impossible à ignorer.