
Louvre Photo
4 novembre 2026 – 3 mai 2027
Révéler le Louvre en couleursAuguste Léon (1857-1942)
La Salle des États, 1921
Autochrome, 9 × 12 cm
Boulogne-Billancourt, musée départemental Albert-Kahn.
Pendant plus d’un demi-siècle, la photographie s’est développée presque exclusivement en noir et blanc. Il faut imaginer des regards profondément habitués à cette vision du monde découvrant soudain les nuances de la couleur, modifiant radicalement leur perception des images. Si le Louvre a été abondamment photographié tout au long de la seconde moitié du XIXe siècle, ses premières représentations en couleurs apparaissent vers 1920 grâce à la diffusion commerciale de l’autochrome. Ce premier procédé photographique en couleurs est mis au point par les frères Lumière. Conçu pour être observé au moyen d’une visionneuse ou projeté, il offrait au spectateur une expérience visuelle inédite, dont l’apparition relevait alors du véritable spectacle.
L’immortalisation du Louvre en couleurs grâce aux autochromes est due à l’initiative d’Albert Kahn, qui consacra une part importante de sa fortune à un ambitieux projet intitulé Les Archives de la planète. Ce vaste programme documentaire visait à conserver la mémoire d’un monde en pleine transformation. Pour le mener à bien, Albert Kahn s’entoura de plusieurs photographes, parmi lesquels Auguste Léon, auteur de cette image. Premier opérateur recruté dès 1909, celui-ci parcourut de nombreux territoires et réalisa, pendant près de vingt ans, d’importantes campagnes d’autochromes pour le compte du projet.

Ici, Auguste Léon photographie la salle des États dans une configuration d’accrochage aujourd’hui disparue. Les tableaux y sont présentés de manière extrêmement dense, juxtaposés sur plusieurs niveaux et parfois même superposés. Dans cette salle qui accueille désormais principalement la Joconde et la peinture vénitienne, étaient alors exposées de grandes œuvres de la peinture française du XIXe siècle. On y distingue notamment Le Radeau de la Méduse de Géricault, La Mort de Sardanapale de Delacroix ou encore L’Apothéose d’Homère d’Ingres.

L’autochrome demeure toutefois une technique complexe, dont l’usage ne dépasse finalement pas trois décennies. Sa fabrication cesse entre 1932 et 1933 au profit du Filmcolor notamment. Le procédé repose sur une plaque de verre recouverte de plusieurs couches d’enduits permettant de fixer les couleurs par impression. Les temps de pose qu’il exige rappellent ceux des premiers temps de la photographie en noir et blanc, bien avant les progrès techniques qui avaient permis leur réduction. Malgré les contraintes importantes qu’elle impose aux opérateurs, cette technique produit des images d’une remarquable richesse chromatique, dont les qualités visuelles expliquent encore aujourd’hui la fascination qu’elles exercent.



