Samedi 24 octobre

Le samedi 24 octobre 2026 le musée du Louvre est exceptionnellement fermé. 

Les personnes ayant réservé pour une visite dans la journée de samedi seront automatiquement remboursées. Nous vous prions de nous excuser de la gêne occasionnée.

« En matière d’expositions temporaires, le défi est désormais de concilier durabilité et qualités esthétiques »

Savoir-faireEco-responsabilité

Le 16 octobre 2026

Lancée au début de l’année 2026, l’évaluation du bilan carbone de l’exposition Figures du fou a livré ses conclusions fin septembre. Une prise en compte de l’éco-responsabilité dans le domaine des expositions temporaires qui ouvre d’intéressantes pistes d’action. Retour, en compagnie de Laura Clair, adjointe à la cheffe du service des Expositions et des prêts, et Clémentine Girard-Negre, qui encadre le service de la Scénographie, sur une entreprise aussi patiente que minutieuse.

En quoi les expositions temporaires constituent-elles un terrain d’application privilégié pour l’évaluation et la mise en œuvre d’une politique éco-responsable au sein du musée ?
L.C. - Il faut d’abord souligner que le point de départ de cette démarche a été le lancement d'un plan d'écologie patrimoniale à l’échelle du Louvre. Les réflexions ont germé et parmi elles, l'idée de travailler sur les expositions temporaires s’est vite imposée car elles constituent un périmètre d’action assez facile à appréhender. On peut suivre toutes les étapes d’un projet, de sa conception jusqu’à la fin de vie de l’exposition, et obtenir rapidement des données. La qualité du bilan carbone qu’on en tire dépend néanmoins de leur fiabilité. 

Choisir l’exposition Figures du fou a-t-il été arbitraire ou cela correspondait à des critères précis ? 
L.C. - Ce n’est pas le fait du hasard. Nous avons retenu Figures du fou parce que cette exposition était particulièrement représentative de la programmation du musée pour les espaces concernés. Avec plus de 300 œuvres et 90 prêteurs, elle présentait une grande diversité de situations et permettait d’appréhender un périmètre d’activité étendu.

Qui dit évaluation d’un bilan carbone dit méthodologie et calculs. Comment avez-vous procédé ?
L.C. - Nous avons été accompagnés par une entreprise spécialisée dans la réalisation de ce type de bilans carbone. Elle nous a fourni un tableau de collecte des données, que nous avons ensuite renseigné en sollicitant les différents prestataires et services du musée qui avaient participé à la production de l’exposition. La méthode reposait principalement sur deux types de données. Quand nous disposions d’informations physiques précises (par exemple : kilomètres parcourus en camion pour l’acheminement des œuvres, poids du bois ou du verre utilisés pour la scénographie), nous les convertissions en émissions de gaz à effet de serre. Et lorsque ces données n’étaient pas quantifiables d’un point de vue matériel, nous nous sommes basés sur le coût financier de l’opération, auquel étaient appliqués des ratios issus des référentiels de l’Agence de la transition écologique (Ademe).

Combien de temps a été nécessaire à la réalisation de cet état des lieux ?
L.C. - Cela nous a pris six mois. Le musée avait déjà réalisé des bilans d’émissions à l’échelle de l’établissement, piloté par son chargé de développement durable, Maxime Caussanel. Mais il n’existait pas encore de bilan carbone consacré spécifiquement à la réalisation d’une exposition temporaire. Il nous a donc fallu construire une méthode adaptée à ce nouveau périmètre, définir les secteurs à prendre en compte et sensibiliser les équipes à la collecte des informations. Les données recherchées concernaient aussi bien la scénographie et le transport des œuvres que la communication, les relations publiques, le marketing ou encore l’édition. 

Cela implique de nombreux acteurs…
L.C. - Environ 40 personnes ont contribué à ce bilan. Mobiliser tout le monde était un enjeu important, d’autant que pour certains services, la collecte de données était une démarche nouvelle. Malgré ces contraintes, les équipes se sont montrées volontaires et pro-actives. La restitution du bilan a d’ailleurs suscité un réel intérêt de leur part et donné lieu à un certain nombre de propositions pour la suite. L’évaluation n’était pas une fin en soi : elle devait nous permettre de définir de nouveaux axes de travail et de passer progressivement du diagnostic à l’action.

Justement, quelles pistes concrètes de décarbonation avez-vous identifiées ?
L.C. - Le bilan de Figures du fou a permis d’identifier trois postes particulièrement émetteurs : la scénographie, le transport des œuvres et la communication. Ce résultat nous donne des priorités concrètes pour agir.

On parle beaucoup de « réemploi » en matière de scénographie. Est-ce une piste que vous avez explorée ? 
C. G.-N. - Absolument. Désormais, il est demandé aux scénographes de prendre en compte la scénographie précédente et de voir ce qui peut être réemployé dans la future exposition. Quand des éléments ne peuvent pas être réutilisés immédiatement dans un nouveau projet, nous cherchons d’autres possibilités de redistribution au sein du musée. Ainsi, dès la conception d’une scénographie, nous pensons à l’avenir des agencements.

Dans quelle mesure ?
C. G.-N. - Avant même de considérer la question du réemploi, nous travaillons sur deux axes essentiels à l'éco-conception : la conception de la scénographie et l’éco-construction. La première consiste à concevoir un agencement répondant aux exigences scientifiques et esthétiques du projet tout en améliorant son cycle de vie en travaillant notamment sur le réemploi. La seconde, repose sur le choix des matériaux, de l'approvisionnement, le recyclage, les déchets, etc… Notre objectif est vraiment de mieux intégrer ces exigences dans les marchés de construction ou de conception. Le réemploi des éléments structurels, comme les parements de bois des cimaises par exemple, fait désormais partie des critères de sélection des entreprises prestataires.

D’autres pistes d’action sont-elles à l’étude ou en cours ?
C. G.-N. – Oui, notamment l’allongement de la durée des expositions, qui permet un meilleur amortissement de l’empreinte carbone : c’est ainsi le cas pour l’Eau primordiale, présentée pendant dix mois, Louvre Photo, de novembre 26 à mai 27 , ou encore L’Objet, dont l’exploitation sera de sept mois, avec des emprunts d’œuvres limités à des institutions parisiennes.
Nous réfléchissons également au devenir des textiles graphiques utilisés dans les expositions. Leur réemploi pourrait prendre la forme d’une transformation en nouveaux objets, dans une logique d’upcycling.

La logique de réemploi dans laquelle vous vous inscrivez vous incite-t-elle à faire appel à la solidarité d’autres acteurs que vos prestataires ?
C. G.-N. - Nous sollicitons effectivement d’autres institutions muséales, principalement en Île-de-France, mais également en région. Les vitrines qui ne sont pas réutilisées par le Louvre à la fin d’une exposition peuvent ainsi l’être par une autre institution. Par ailleurs, la plateforme ministérielle de dons permet à des établissements culturels, mais aussi des associations et d’autres structures, de récupérer du matériel.

L.C. - En matière de transports des œuvres, une régie de développement durable a été mise en place avec plusieurs institutions parisiennes, dont le musée du Quai Branly 

C. G.-N. - Il faut néanmoins souligner que de manière générale, lorsqu’il s’agit d’éco-responsabilité, la logistique demeure un obstacle important. 

Pour quelle raison ?
L.C. - Donner une seconde vie à un matériau, par exemple, nécessite de le démonter correctement, de le stocker, et d’identifier un repreneur.  Tout cela demande du temps, des moyens financiers et humains. Sans parler du transport, car la multiplication des trajets peut elle-même générer des émissions, ce qui impose d’évaluer l’intérêt environnemental de chaque solution. Cela dit, il faut penser à long terme, et calculer l'amortissement que ce type d’actions peut avoir sur plusieurs années.

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Elements de scénographies démontés en vue de leur réemploi

La culture de l’instant ne permet pas forcément d’appréhender les gains multiples et à long terme de ce type d’initiatives…
L.C. - Il est certain qu'un travail de formation sur ces nouvelles pratiques est nécessaire. Mais l’évolution est en marche, notamment à travers les lois qui commencent à fixer des cadres plus stricts. 

Des objectifs de décarbonation précis vous ont-ils été fixés ?
L.C. - Nous devons les définir, en nous basant sur le bilan carbone effectué sur Figures du fou . Nous développons ainsi un outil d’éco-conception spécifique à la production des expositions, en nous fixant des objectifs, comme un pourcentage d’éléments réemployés ou un ratio pour la provenance des œuvres. Par ailleurs, pourquoi ne pas associer une enveloppe carbone aux études de faisabilité ? Les pistes sont nombreuses, qui doivent toutes répondre à un même défi : concilier durabilité et qualités esthétiques.

Etes-vous confiantes quant aux nouvelles pratiques que vous souhaitez mettre en place ?
L.C. – L’enthousiasme de nos collègues lors de la restitution de nos bilans carbone montre que la question suscite un vif intérêt. Une collègue conservatrice nous a même proposé un projet d’exposition entièrement éco-conçu, qui pourrait servir de pilote. C’est très encourageant, l’approche éco-responsable continue d'inspirer les équipes.

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