La Prise de Constantinople par les croisés de Delacroix retrouve son éclat

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Le 19 mai 2026

Après une minutieuse campagne de restauration, la Prise de Constantinople par les croisés de Delacroix vient de regagner les salles rouges où sont également exposés d’autres célèbres tableaux de l’artiste. En redonnant tout leur éclat aux couleurs longtemps assombries par le jaunissement des vernis, lintervention a remis en lumière le sens complexe de cette œuvre.

Commandée à Delacroix en 1838 par le roi Louis-Philippe, la Prise de Constantinople par les croisés (12 avril 1204) fait partie des nombreuses œuvres destinées aux galeries historiques du château de Versailles. Le tableau, achevé en 1840, est exposé au Salon de 1841 avant d’être installé dans le décor néogothique des salles des Croisades. Considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de Delacroix, il revient à plusieurs reprises à Paris, entre autres pour les expositions rétrospectives consacrées à l’artiste en 1855 et en 1864. Finalement, ladministration des Beaux-arts décide en 1881 de l’affecter au Louvre, en raison de sa haute valeur artistique, et de le remplacer à Versailles par une copie grandeur nature.

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Prise de Constantinople par les croisés (12 avril 1204), Eugène Delacroix, 1840, Département des Peintures

La Prise de Constantinople par les croisés (12 avril 1204) constitue en effet l’un des tableaux majeurs exécutés par Delacroix au sommet de sa carrière. L’artiste livre une grande page de peinture d’histoire à partir d’un sujet imposé qui se révèle particulièrement violent et ambigu. Il représente le pillage de la capitale de lempire chrétien d’Orient par des chevaliers chrétiens d'Occident qui se sont détournés de l’objectif initial de leur croisade – reprendre les lieux saints aux Musulmans – en tirant profit de l’instabilité politique et des dettes financières qui affaiblissaient le pouvoir byzantin.

Le jaunissement des vernis anciens au fil du temps avait fini par assombrir la peinture et occulter les effets chromatiques de Delacroix. La campagne de restauration, menée de mai 2025 à avril 2026, a permis de consolider l’œuvre, en retendant la toile sur son châssis révisé, puis de libérer la couche picturale des vernis et des matériaux altérés laissés par les précédentes interventions, et enfin d’appliquer un nouveau vernis transparent et de combler les petits manques. Cette campagne a été complétée par la restauration du cadre, une opération minutieuse menée par l’atelier encadrement-dorure du musée du Louvre.

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Restauration de la Prise de Constantinople par les croisés de Delacroix.

Les études d’imagerie scientifique ont révélé à quel point l’artiste avait cherché à rendre la violence de l’événement historique. Dans un premier temps, Delacroix avait peint le cadavre d’un soldat au premier plan, sous les sabots du cheval, avant de le dissimuler sous des étendards. Cette découverte explique le mouvement de la tête de l’animal et son regard terrifié qui s’adresse directement aux spectateurs. Il manifeste la compassion que les vainqueurs sont incapables de ressentir envers leurs victimes.

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Image réalisée par le Laboratoire Thierry Radelet. Détail du repentir photographié en lumière diffuse.
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Image réalisée par le Laboratoire Thierry Radelet. Détail du repentir photographié au moyen de la radiographie numérique. Les radiographies ont été obtenues à l’aide de plaques à mémoire au phosphore scannées à 100 µm.

Delacroix choisit de donner toute la lumière aux femmes réduites en esclavage, présentées au premier plan, qui se distinguent des autres personnages par la ­vivacité de leur coloris. En libérant la peinture de l’écran sombre produit par le jaunissement des vernis, la restauration a permis de retrouver des couleurs beaucoup plus proches de l'effet cherché par l’artiste. Elle dévoile sa virtuosité technique, en particulier dans linterpénétration des tons qui fait vibrer les chairs : le « flochetage » de bleus, de mauves, de roses, dorangés, de verts pâles et de gris chauds employé pour rendre la nudité d’une captive. L’intervention a également restitué la profondeur de champ créée par des effets chromatiques. À l’arrière-plan, les villes blanches, accrochées à des montagnes aux tons d’émeraude plongeant dans une eau turquoise, rappellent les aquarelles des côtes marocaines exécutées en 1832 par l’artiste. 

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Prise de Constantinople par les croisés (12 avril 1204), Eugène Delacroix, 1840, Département des Peintures. Détail

Cette restauration majeure vient ainsi clore en beauté la campagne menée depuis 2019 sur les grandes toiles de Delacroix.

Les études préalables et la restauration de la Prise de Constantinople par les croisés ont bénéficié du généreux soutien de Madame Isabelle Ealet-Corbani.

Par Mathilde Dillmann

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